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(D.R.)
Menuet pour la Joconde

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Auditeurs sachant auditer,

 

​​Nous sommes donc présents chaque semaine, pour notre habituelle conversation sur l’actualité nationale et internationale, car, si gravement préoccupante que soit notre situation, rien ne justifierait de ne pas regarder ce qui se passe dans le reste du monde, en Chine, en Syrie, en Turquie, en Russie, etc…

​​Je vous avais annoncé des « badas » d’un nouveau genre. Ce seront des suppléments à nos échanges hebdomadaires. Le premier est en ligne. Dès l’annonce du confinement, notre ami Richard Werly, correspondant à Paris du quotidien helvétique Le Temps, a sillonné le pays. A Saint Denis, il a voulu voir ce qu’il en était des résistances au confinement dont beaucoup s’inquiétaient. A Montargis, il s’est demandé comment les Parisiens exilés étaient accueillis par les locaux. A Strasbourg, et, plus encore, à Mulhouse, il a écouté une population au cœur de la pandémie. A Marseille, enfin, il a rencontré le professeur Raoult et son équipe, et interrogé celles et ceux que l’espoir conduit à l’Institut Hospitalo-Universitaire Méditerranée infection. Ce n’est ni plus, ni moins que le travail d’un journaliste, qui croit qu’il faut aller voir le monde, le raconter et le rendre intelligible dans sa complexité et ses contradictions si on veut agir sur lui. Tous les articles de Richard Werly sur la pandémie sont en accès libre sur le site du journal Le Temps.

​​La semaine prochaine, c’est avec notre amie Roselyne Bachelot (avec qui j’avais enregistré un Kitafétoi) que nous diffuserons une thématique sur le rôle de l’État face à la pandémie et sur la manière dont il assume -ou non- ses fonctions, sur les familles politiques et leurs présupposés idéologiques face à cette pandémie, sur le principe de précaution et sur l’obligation d’imaginer des structures dormantes réactivables. Ce sera avec Nicolas Baverez, Jean-Louis Bourlanges, Lucile Schmid et Michaela Wiegel. Si les réseaux et les dieux continuent de nous être favorables, cette émission thématique sera disponible à partir de mardi 7 avril. Vous pourrez vous en assurer en vous rendant sur notre site et en cliquant sur l’onglet « Les Badas ».

​​Le Bloc-notes de cette lettre est la reprise d’un entretien que Jean-Louis Bourlanges a donné à L’Express qui l’avait prié de donner des conseils de lecture pour le temps du confinement. Nos remerciements à ce confrère. 

Cordialement,
 

Philippe Meyer. 

LES BRÈVES DE DIMANCHE DERNIER

Philippe Meyer


Au guet-apens

L’auteur de ce livre, Maître Mô (évidemment un pseudonyme), nous fait le récit au jour le jour d’un avocat pénaliste. Ce type d’avocats avait été un peu oublié dernièrement, au profit des avocats d’affaires qui tenaient le haut du pavé. Le récit de l’exercice de ce métier est tout à fait remarquable.

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Philippe Meyer


Les racines de la colère 

C’est une sorte de roman-photo. Vincent Jarousseau, après l’élection d’Emmanuel Macron s’est installé à Denain pour suivre le quotidien de familles populaires. Il leur donne la parole et montre de façon saisissante ces fractures sociales. Le moment est bienvenu pour rappeler au reste de la société l’existence de ces personnes.

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Nicole Gnesotto
 

Le Covid-19 est-il un game-changer géopolitique ?

Je vous recommande la lecture cette note qu’a rédigée Michel Duclos pour l’institut Montaigne, très intéressante et évidemment très liée aux questions dont nous avons débattu.

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Nicole Gnesotto
 

Mr Ashenden agent secret

De la pure littérature ensuite. Comme je n’ai pas d’autre voyage possible que le tour de ma bibliothèque, j’en ai sorti un livre que je n’avais jamais lu. C’est un recueil de nouvelles de Somerset Maugham. Il est fait pour l’évasion, c’est un divertissement pur, sans aucune prétention, mais il est formidable. C’est très bien écrit, cela se passe pendant la seconde guerre mondiale, et je vous recommande en particulier la nouvelle intitulée « son excellence », un vrai bijou.

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Lucile Schmid
 

Le chant des bêtes 

Un ouvrage passionnant et original de Jean-François Lattarico, qui porte sur la présence de l’animal à l’opéra. Peut-être certains d’entre vous avaient-ils lu le silence des bêtes, d’Elisabeth de Fontenay, . Il y a une certaine résonance avec ce livre-ci, qui raconte comment la scène lyrique regorge d’animaux : perroquets, rossignols, bulldog d’Offenbach ou grenouilles de Rameau. Dans ce moment où la question du langage est bouleversé, ce livre donne à voir comment, à travers les questions du chant, de l’aboiement, du cri, nous trouvons d’autres manières de nous parler. À la fois érudit, très émouvant et passionnant.

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Marc-Olivier Padis
 

Revue de la Défense Nationale n°827

Je voudrais recommander une revue dont on a rarement l’occasion de parler, celle de la Défense Nationale, qui a eu la bonne idée de consacrer un numéro spécial à Pierre Hassner, philosophe et spécialiste des relations internationales, qui avait régulièrement écrit pour la revue, qui publie ici une anthologie de ces articles, des années 1970 aux années 2010. La vision qu’avait Pierre Hassner des relations internationales impliquait les sociétés civiles, et les mouvements transversaux de société à société. Il fait partie des rares penseurs qui n’en restaient pas au niveau de la confrontation des Etats. Il aurait pu éclairer la situation actuelle. Ce volume commence par un portrait très réussi d’Hassner, sous le titre irrévérencieux mais affectueux de « Maître Yoda ».

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Jean-Louis Bourlanges 
 

Deux remarques ...

 

Je ne peux pas m’empêcher, en entendant évoquer Pierre Hassner, de repenser au cadeau de mariage qu’il m’avait fait : une gravure tirée de Monsieur Prudhomme où figurait la formule célèbre et tout à fait d’actualité : « le char de l’état navigue sur un volcan ». 
Enfin, à propos de Somerset Maugham, j’aimerais rappeler son admirable définition du roman. « Un bon roman doit comporter de la religion, du mystère, du sexe et de l’aristocratie. L’exemple même de la phrase romanesque est : Ciel ! dit la Comtesse. Je suis enceinte ! Mais de qui ? »

BLOC-NOTES
Conseils de lecture de
Jean-Louis Bourlanges

L’Express : Pouvez-vous décrire l’endroit où vous lisez en cette période de confinement ?

Jean-Louis Bourlanges :
Je suis une sorte de Tante Léonie, la préfiguration du narrateur de la Recherche, qui essaie de tout savoir sans jamais sortir de son lit. Je vis allongé. C’est une habitude, rendue possible par l’apparition des tablettes et rendue nécessaire par les douleurs au dos. On a toujours pu lire au lit. Désormais, on peut également y écrire.

Que lisez-vous en ce moment ?

J’ai suivi avec un peu de retard les bons conseils de mon ami Bertrand Tavernier. J’ai repris Des clairons dans l’après-midi d’Ernest Haycox. C’est un roman western, mi bluette mi-tragédie grecque qui se déroule dans la cavalerie américaine et qui nous emporte dans l’âpre rivalité amoureuse de deux officiers sur fond de bataille de Little big horn et de désastre custerien. Ce livre a exactement ce qu’il faut de tonicité pour passer au travers des temps moroses que nous vivons. Bertrand Tavernier m’a aussi conseillé récemment Le désastre de Pavie de Jean Giono. Pavie est l’illustration somptueusement décrite du crétinisme de François Ier, un prince élégant, séducteur, mais pas bien malin. “ Fors l’honneur" et l’accueil de l’art italien, il n’y a pas grand chose à sauver de l’action internationale de ce règne qui inaugure un siècle d’effacement de la France par rapport à l’Espagne. Ce désastre inaugural est magnifiquement raconté par Giono.
Je me suis également plongé dans deux gros livres d’histoire, plus récents ceux-là, mais faits tout exprès pour le temps long du confinement. Le premier est la biographie monumentale du général de Gaulle par l’historien anglais Julian Jackson. Un ouvrage encensé à juste titre, même s’il existe d’autres excellentes biographies du général, comme celles de Jean Lacouture ou d’Eric Roussel. Il est fascinant de voir le mélange de distance et de pénétration de ce regard britannique sur une histoire aussi enracinée dans l’exception française.
Mon second Anapurna - près de1000 pages - c’est Barbarossa1941 la guerre absolue, de Jean Lopez et Lasha Otkhmezuri, le récit des six premiers mois de l’offensive allemande en Russie en 1941. Les deux historiens jettent une lumière atroce sur un épisode abusivement présenté comme glorieux de l’histoire de la seconde guerre mondiale et qui n’est que l’épouvantable confrontation de deux violences paroxystiques, “la violence centrifuge nazie et la violence centripète stalinienne ”. Cette monstrueuse épopée a très vite tourné au cauchemar absolu. C’est au bout de trois semaines d’avancée rapide, au moment où ils pensent avoir liquidé l’adversaire, que les Allemands découvrent effarés qu’ils n’ont en réalité pas entamé le quart de la moitié de la résistance russe. S’en suit le récit hallucinant du “semestre le plus létal ” de l’histoire de l’humanité. Les auteurs montrent de façon plutôt convaincante que, dès le début, l’entreprise était absolument surdimensionnée et que l’échec ne s’explique pas simplement par les erreurs de commandement de ce mauvais chef qu’était Hitler.

Quel classique aimeriez-vous lire confiné ?

Ce qui est tentant, c’est de cesser de picorer et de privilégier l’exhaustivité. J’ai lu les grands romans de Zola, mais n’est-ce pas le moment de reprendre dans l’ordre toute la série des Rougon-Macquart ? Même chose pour Les hommes de bonne volonté, de Jules Romains. Tentation véritable ou remords éternellement trahi, je ne sais, mais le désir est là de s’immerger dans des œuvres de longue haleine. Colette, disait que contrairement à ce que l’on croit, A la recherche du temps perdu était un livre dans lequel il faut entrer par la première page et sortir par la dernière. Eh bien, c’est le moment !

Le classique que vous aimeriez relire ?

Ma fille me demandait récemment si c’était une bonne idée de relire La Chartreuse de Parme, de Stendhal. Evidemment ! Mais mon Stendhal préféré, celui que j’aurais vraiment envie de relire, c’est Lucien Leuwen, l’un des romans qui permettent le mieux de comprendre le XIXe siècle et ce moment si français de notre histoire qu’est la Monarchie de Juillet. Quelqu’un qui, comme moi, a consacré sa vie à la politique ne peut pas ne pas s’identifier à ce jeune homme.
C’est merveilleusement vu et romantique en diable. On ne saura jamais hélas si Lucien retrouvera son grand amour car Stendhal est mort avant d’en avoir écrit la fin. Il y a d’autres romans que j’ai tant aimés jeune mais que je ne relirai plus maintenant. L’idée de me replonger dans Les Possédés ou L’Idiot de Dostoïevski, comme dans les romans de Faulkner, m’intimide aujourd’hui. On ne revient pas sans crainte d’avoir en vieillissant perdu le sens du sacré sur ces grands livres mythiques qui vous ont aidé à devenir un homme.

Le classique que vous déconseillez fortement ?

J’ai forgé ma doctrine sur le sujet auprès du général de Gaulle. On lui demandait un jour quel était son auteur préféré. Sa réponse fut plutôt rusée : “Celui que je lis, quand il est bon.” Le livre qui ne vous envoûte pas dès les premières lignes, il ne faut pas le lire. Ce principe me permet de conseiller et m’évite de déconseiller.

Quel essai pourrait, selon vous, être utile aux lecteurs en cette période de crise ?

Ce n’est pas un essai, mais un chef d’oeuvre de la littérature italienne qui vous permet de comprendre ce qu’il faut faire dans ces cas-là. C’est le Décaméron de Boccace. Le point de départ de l’ouvrage, c’est la décision de jeunes gens de se retirer de Florence ravagée par la peste noire et de se confiner dans une jolie villa pour se raconter de belles histoires un peu coquines. Qui dit mieux ?

Ces jeunes gens n’avaient pas le formulaire de Christophe Castaner à remplir pour avoir le droit de sortir !

Ce formulaire, c’est Courteline revu par Ionesco. C’est le comble de la culture bureaucratique française : se donner à soi-même l’autorisation écrite de faire quelque chose. Je m’étonne que l’on ne doive pas le faire en trois exemplaires à valider au commissariat. Il fallait tout le génie français pour inventer cela !

Quel livre, qui vous a marqué enfant, recommandez-vous chaudement aux parents désireux d’occuper leur progéniture ?

Je forme mes petits-enfants à Tintin. Il a pensé l’archétype de la géopolitique du XXe siècle. Inquiétant parfois , conservateur le plus souvent mais toujours absolument pertinent. Lisez Le Lotus bleu. Tout y est de ce qu’on appelait “la question d’extrême Orient ”. C’est aussi une formidable description de la condition humaine même si l’on doit admettre que ces personnages forment une bande de clowns et que le seul être humain véritable, le seul qui ait une personnalité complexe, toujours porté à bien faire mais parfois gagné par de mauvaises tentations, c’est évidemment Milou. J’aime aussi raconter à mes petits-enfants l’histoire des batailles. L’épopée de Jeanne d’Arc, Napoléon, la bataille de la Marne, celles de la Seconde Guerre mondiale... ce sont les blocs de granit qui leur permettent de structurer le passé et de pallier le grand refus de la chronologie de l’enseignement scolaire actuel. Je leur lis des textes comme le discours de Malraux sur Jeanne d’Arc. Et, comme on dit maintenant, ça fonctionne !

La Peste d’Albert Camus ou L’amour aux temps du choléra de Gabriel Garcia Marquez ?

Camus dit tout. Je n’ai pas lu Garcia Marquez. Je confesse une connaissance très insuffisante de la littérature d’Amérique latine, alors que l’un des livres qui m’ont le plus marqué est Le Siècle des lumières d’Alejo Carpentier. J’en avais écouté quelques pages sur France Inter quand j’étais gosse, lumière éteinte, dans mon lit, la nuit. J’avais été absolument enthousiaste.je n’avais pas saisi le nom de l’auteur. Ce fut un éblouissement de le retrouver par hasard quelques années plus tard. Il répond pleinement à mes inquiétudes politiques. Carpentier était à la fois proche et critique de Fidel Castro, partageant une analyse somme toute aronienne de la corruption de la révolution par elle-même. J’aimerais aussi lire davantage de livres de Mario Vargas Llosa. Il y a plus d’un angle mort dans ma culture.

 

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