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Ralentissement de circulation sous Haussmann (D.R.)

Auditeurs sachant auditer,

 

     Voici des nouvelles et voilà des rappels, 

- Des nouvelles

      Toutes les informations collectées sur nos comportements de citadins sont entre les mains des GAFAM. Google connait les heures d’affluence à la bibliothèque municipale et AirBnb la nature des flux touristiques et la vérité sur les locations d’appartement.  Si le pouvoir est étroitement lié au savoir, que pèse la puissance publique face aux acteurs numériques ? C’était le thème de notre thématique « Qui gouverne Paris ? », enregistrée en public le 2 mars à l’auditorium Léonard. La conversation entre Cécile Maisonneuve, présidente de La Fabrique de la Cité, Alexandre Mussche, co-fondateur de Vraimentvraiment, spécialiste du design des politiques publiques, Marc-Olivier Padis directeur des études de Terra Nova et Lucile Schmid, du comité de rédaction d’Esprit sera diffusée après les élections municipales à une date qui sera bientôt précisée. Nos deux thématiques sur Paris n’ont pas pour but d’intervenir dans le débat municipal, mais de contribuer à une meilleure connaissance des enjeux urbains en cours, enjeux particulièrement aigus dans une ville-monde comme notre capitale.

​Après avoir tenté d’explorer certaines des tendances liées à l’apparition des acteurs numériques, nous vous invitons à notre prochaine thématique enregistrée en public le lundi 9 mars à 19h : Paris aimé, Paris convoité, mais Paris quitté qui réunira Jean-Louis Bourlanges, député des Hauts de Seine, Nicolas Chaudun, écrivain, réalisateur et éditeur d'art, Alexandre Gady, professeur à la Sorbonne et directeur du Centre André Chastel, et Dominique Kalifa, directeur du Centre d’histoire du XIXème siècle à l’université Panthéon Sorbonne. Des historiens, donc, après des spécialistes de la prospective.

             Longtemps, la rue a été l’espace principal de la vie sociale et l’action de l’État l’a progressivement policée. Tracé et appellation des rues, alignement et numérotation des maisons, organisation de la circulation, règlementation des activités, développement des mesures de sécurité publique et de lutte contre l’incendie, aménagement de la voirie et des égouts, établissement des mesures d’hygiène… toutes ces politiques ont façonné la ville, son peuplement et les manières de l’habiter. Elles ont engendré des transformations allant parfois jusqu’au bouleversement ou à la métamorphose. 

            Après Haussmann, une autre grande réurbanisation de Paris a été mise en œuvre lors des années Pompidou. Depuis, la capitale n’a cessé de connaitre des successions d’avatars où se confrontent, s’opposent ou se marient l’influence des politiques publiques et des intérêts privés : « rénovation » de quartiers, et développement de l’immobilier de bureau, aménagement des règles de circulation et irruption de nouveaux moyens de déplacement, régulation des conséquences du tourisme et développement de nouvelles attractions commerciales (l’ex-Samaritaine) ou culturelles (le Musée Pinault)  dans des quartiers… 

​ Comment interpréter le Paris d’aujourd’hui à la lumière de son histoire, comment analyser les décisions contemporaines d’urbanisme, comment comprendre cette ville qui a perdu 60.000 habitants ?

​​L’enregistrement de notre conversation serai suivi d’un échange avec la salle, qui sera diffusé sous l’onglet Les Badas de notre site.

- Des rappels :

Le super Tuesday et le 49-3 pourraient bien être les deux sujets de la prochaine émission en public à l’École alsacienne ce dimanche 8 mars. Vous y êtes bienvenus pour peu que vous vous inscriviez ici.

 

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Le Bloc-notes de cette lettre est assuré par notre ami Richard Werly, correspondant à Paris du quotidien helvétique Le Temps, après l’avoir été à Tokyo, à Bangkok et à Bruxelles et directeur de la collection L’Âme des peuples aux éditions Nevicata.

En écho à notre dernière conversation sur l’Algérie, Richard analyse les propos récents du président de la République et s’interroge sur ce que signifie la guerre d’Algérie pour la génération Macron et sur les rapports de notre président avec l’Histoire.

Cordialement,

Philippe Meyer.

LES BRÈVES DE DIMANCHE DERNIER

Philippe Meyer


American Factory

Je vous recommande un documentaire, visible sur Netflix. Il a été tourné à Dayton, Ohio, dans une usine fabriquant des vitres pour les automobiles, et qui a été rachetée par les Chinois. Les ouvriers chinois arrivent, ils ne sont évidemment pas payés un centime de plus que s’ils étaient en Chine, travaillent six jours par semaine (contre cinq pour les Américains), et sont corvéables à merci. A un moment on emmène la maîtrise américaine, plutôt réticente, en Chine pour essayer de la convaincre, à l’occasion d’une fête d’usine chinoise. Je préfère n’en rien dire, tellement les dessous de cette fête sont épouvantables. Tout le personnel a été mobilisé pour chanter, danser, etc. Quand on lit la traduction des paroles de ces chansons, cela donne à peu près : « vivement que nous puissions travailler encore plus ! Vive la productivité accrue ! Vive nos chefs ! Etc. » On a l’impression d’être dans un film de Mel Brooks, ce n’est hélas pas le cas.

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Philippe Meyer


Les bourreaux de Staline - Katyn, 1940

La chaîne Arte offre la possibilité de revoir des émissions. Je vous conseille une série de documentaires remarquables, tant au point de vue de l’image qu’à celui du contenu, sur le massacre de Katyn, sur le long chemin vers le pacte germano-soviétique, sur la nature du Goulag. Ces documentaires sont longs, très bien rythmés, et le récit est précis. Ils consacrent d’une certaine manière la sortie d’une histoire très idéologisée.

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Béatrice Giblin
 

Le monde arabe existe-t-il (encore) ?

Je vous signale la sortie dans le collection Araborama (sous l’égide de l’Institut du Monde Arabe) d’un premier ouvrage. Il y aura je crois un volume par an ; il s’agit d’une présentation pluridisciplinaire de la situation du monde arabe. Le titre est presque provocateur, mais l’intérêt est grand, puisqu’il s’agit d’une approche à la fois historique, sociologique, et qui laisse beaucoup de place à la culture contemporaine. Qu’il s’agisse de  dessinateurs humoristiques, de peintres, de musiciens, tous sont représentés. Les journées de l’Histoire de l’IMA commencent ce dimanche. Il y en aura d’autres : le 7 juin puis le 24 octobre, avec de nombreux évènements.

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EN SAVOIR PLUS SUR LES JOURNÉES DE L’HISTOIRE DE L’IMA

Akram Belkaïd
 

143 Rue du désert

Je voudrais rester dans le sujet algérien et vous parler de Hassen Ferhani, un réalisateur de documentaires. Il avait en 2015 sorti « Fi Rassi Rond-point », tourné dans les abattoirs d’Alger (qui ont été détruits depuis). Il avait filmé la communauté qui vivait dans ces abattoirs et représentait une sorte de modèle réduit de ce qu’était l’Algérie. L’un des personnages prononçait cette phrase culte : « En Algérie, on ne ment jamais mais on ne succombe jamais à la vérité ». Hassen Ferhani sort un nouveau documentaire, qui s’appelle « 143 rue du désert ». C’est dans le désert algérien, et c’est une femme qui tient un relais routier. Le film est assez saisissant, il a été primé en septembre dernier à Locarno, il sera diffusé en France à partir du mois de juin. Cela me donne l’occasion de dire qu’il y a une production cinématographique algérienne de qualité qui est de plus en plus importante. La génération qui s’exprime en ce moment est la plus talentueuse qu’on ait eue. Le problème est qu’en France les diffusions sont souvent restreintes alors que le public existe.

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Nicole Gnesotto
 

Une vie cachée 

 Je vais rester dans le cinéma pour vous recommander de très vite voir le dernier film de Terrence Malick, avant qu’il ne disparaisse des écrans. C’est très beau, les paysages autrichiens sont magnifiques, il y a une puissance visuelle presque mystique. C’est l’histoire d’un homme qui dit non, d’un objecteur de conscience sous le régime nazi. Il accepte d’être enrôlé mais refuse de dire « heil Hitler ». Il sera déterminé jusqu’à sa fin, tragique. Il a d’ailleurs été béatifié en 2007. C’est peut-être le défaut du film, ce mysticisme catholique, mais ça n’en reste pas moins un très grand film, et une bouleversante merveille visuelle.

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Matthias Fekl
 

Cuban network

Pour ma part je vous conseille le film d’Olivier Assayas, très beau lui aussi. On suit l’arrivée à Miami de deux Cubains de Cuba dans les milieux cubains de Floride. Je ne vais pas raconter davantage car il s’agit d’un thriller à suspense. Mais le film montre aussi les difficultés de la vie à Cuba, les relations qui restent à fleur de peau entre les Cubains de l’île et ceux de la diaspora, et le rôle de ces derniers dans la vie politique américaine. Des plaies restent béantes plus de 60 ans après la révolution cubaine. Une situation dont on espérait qu’elle pourrait évoluer à la fin du mandat d’Obama, ce qui ne fut malheureusement pas le cas.

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BLOC-NOTES
Chronique de Richard Werly

UN MISSILE HISTORIQUE​​​​

Que signifie la guerre d’Algérie pour la génération Macron ? En rallumant la controverse à propos des crimes coloniaux de la France à son retour d’Israël, le président français a apporté une réponse claire à cette question. Ce conflit-là est, pour lui, une parenthèse à refermer. Parce qu’il en va de la vie de la nation républicaine, toujours empoisonnée par cet encombrant passé que l’indépendance algérienne, acquise dans la foulée des Accords d’Évian du 19 mars 1962, n’a absolument pas soldé. Parce qu’il en va surtout, selon le chef de l’État français, de l’intégration des 2 millions de binationaux franco-algériens, et des 2 millions d’Algériens qui résident dans l’Hexagone.
C’est cette même conviction qui, en février 2017 avait conduit Emmanuel Macron à qualifier la colonisation de « crime contre l’humanité » et de « vraie barbarie » lors d’une visite… en Algérie. Une flopée d’historiens et de commentateurs étaient alors tombés à bras raccourcis sur ce jeune candidat, présumé ignorant du passé et de la grande œuvre coloniale. Mais ni les uns ni les autres ne l’ont convaincu. Pour ce président né en décembre 1977, cette histoire-là doit être aujourd’hui enseignée avec lucidité sur son côté obscur.
Macron, féru de philosophie plus que d’histoire, voit donc dans ce conflit algérien un fantôme qui handicape la France et sa diversité. Or comment mieux le dissiper qu’en l’exposant grâce à ce « travail politique mémoriel » qu’il a, dans l’avion entre Jérusalem et Paris, de nouveau appelé de ses vœux ?
Comme toujours avec Emmanuel Macron, grand maître en chamboulement politique, ce missile historique a aussi pour but d’atteindre une cible. Électoralement, les vétérans de l’Algérie française – qu’ils aient été pour ou contre son indépendance – sont en train de disparaître. Et le souvenir du passé colonial incarne d’abord, pour leurs enfants ou petits-enfants, une plaie à refermer tant la douleur fut vive. Les descendants d’immigrés, en revanche, pèsent d’un poids actuel beaucoup plus lourd. C’est donc à eux, aux héritiers des victimes de la colonisation, que le chef de l’État s’adresse.
Il ne s’agit pas pour lui, comme l’écrivent à tort certains commentateurs, de nier les réalisations matérielles de l’ex-Empire français. Le bon élève Macron sait que le général Lyautey au Maroc (1912-1925), Félix Eboué en Afrique équatoriale française (1910-1927) ou Paul Doumer en Indochine (1897-1902) furent d’ardents modernisateurs pour qui la mission « civilisatrice » voulait dire quelque chose.
Le président d’aujourd’hui est aussi conscient du risque de réécriture de l’histoire par les islamistes à la recherche d’une légitimation. Mais ce président anglophone estime avoir le droit, et le devoir, de juger la colonisation française à l’aune d’autres critères que ceux de l’historiographie républicaine classique. Fut-elle meurtrière et sanglante ? Oui. Fut-elle une histoire d’expropriation et une blessure pour les peuples colonisés ? Oui. Reste-t-elle, pour ceux dont les parents ou grands-parents eurent à en souffrir, une plaie psychologique qui demande réparation ? Oui.

Macron a un bon argument pour ouvrir ce chantier piégé. Il n’a pas de «héros » à défendre. La gauche socialiste, en matière coloniale, continue d’auréoler les bâtisseurs au long cours que furent Jules Ferry ou Léon Gambetta, pivots du parti colonial auxquels succédèrent bien plus tard les chefs de gouvernements SFIO de la quatrième république, enlisés dans les atrocités de la guerre d’Algérie. 
La droite continue de vouer un culte aux conquérants qui firent l’Empire, et l’extrême droite révère toujours ceux qui prirent les armes, contre de Gaulle, pour le défendre jusqu’au bout. Emmanuel Macron vient d’ailleurs. Il n’est pas l’enfant de ces partis. Son héritage, de ce point de vue, est celui du Général de Gaulle, mâtiné de l’historiographie communiste qui dominait encore dans ses années de lycéen (on pense à François Furet ou à Jean-Pierre Vernant). La disruption macronienne se veut aussi mémorielle. Un pari sans doute risqué. Peut-être imprudent. Mais un pari courageux.

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