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Bons Plants
Bonjour à toutes et tous,

Et bienvenue aux nombreux nouveaux abonnés. Dans ce quatrième numéro de Bons Plants, on retourne en Normandie, rencontrer un adepte du non-agir jardinier. Comme toujours, le podcast et la newsletter sont réalisés et écrits par Thibaut Schepman, journaliste et jardinier en ville.

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LE GRAND DILEMME
Laisser-faire
Il y a quelques années encore, la plupart des livres de jardinage déclaraient la guerre aux « mauvaises herbes » et aux « ravageurs » ou décrivaient les gestes précis à réaliser pour semer au cordeau et récolter en temps voulu. Aujourd’hui, les succès d’édition prônent le « non-agir » , la « permaculture » et autres inventions « auto-fertiles ».
« C’est décidé, je range ma binette et ma serfouette et je renonce à contraindre la nature. Ainsi, l’effondrement de la biodiversité ne passera pas par mon lopin », semblent proclamer les jardiniers convaincus par cette mouvance.
Très séduisante, leur profession de foi est forcément mensongère. Si vous laissez vraiment un jardin en friche, sans rien n’y faire du tout, il deviendra en quelques années un petit paradis pour les espèces pionnières comme les bouleaux ou les ronces. En à peine sept siècles, il deviendrait ensuite une forêt. C’est très bien, mais ça n’a plus grand-chose à voir avec du jardinage. Toute la difficulté de celui qui annonce qu’il veut « laisser-faire la nature » est là. Quels gestes peut-il continuer à effectuer, sans se dédire ?

La question pourrait ressembler à un casse-tête réservé aux bobos à la morale trop développée. Elle questionne en fait nos réactions futures face aux catastrophes environnementales qui menacent. Il faut lire les travaux de l’éco-anthropologue Serge Bahuchet pour s’en convaincre. Il a publié en 2017« Les jardiniers de la nature » (Odile Jacob), où il rappelle que tous les écosystèmes, tous les paysages portent la trace de notre passage. Sur France Inter, il racontait que même les paysages qui incarnent pour nous la nature totalement vierge, comme les forêts équatoriales, ont en fait été parcourus et transformés par l’homme.
Selon Serge Bahuchet, tenter de préserver une nature totalement indépendante de nous est donc illusoire. Il décrivait : « La nature qu’on essaye actuellement de protéger a été façonnée par des milliers de générations d’hommes qui nous ont précédés. Toutes ces générations antérieures sont les jardiniers de la nature que nous connaissons aujourd’hui ».
En étudiant les fruits et les arbres en pleine forêt équatoriale, des anthropologues ont par exemple trouvé des formes de domestication et de sélection des palmiers vieilles de 10 000 ans, bien avant la domestication du blé. Ces pratiques, si peu visibles, ont enrichi l’écosystème forestier. La preuve qu’on peut interagir avec la nature sans lui nuire, au contraire.

Les propos de cet anthropologue me rappellent un exemple de modification ancienne, durable et bénéfique de l’environnement qui séduira tous les amis du potager : la terra preta. Il s’agit d’un « sol épais et sombre », que des archéologues ont décrit dans plusieurs sites de l’Amazonie brésilienne. Cette terre est à la fois extrêmement fertile, très riche en micro-organismes et capable de se régénérer très rapidement. Comment est-elle apparue dans des zones où l’on ne trouve d’ordinaire que des sols très pauvres ? Elle est en fait l’héritage de groupes amérindiens qui, il y a près de 3000 ans, ont patiemment incorporé du charbon, des matières organiques et des nutriments dans leur terre. La vie du sol a fait le reste.
LE PODCAST
Julien, roi du laisser-faire et de la poire de terre
Le non-agir, beaucoup de gens en parlent mais bien peu parviennent vraiment à s’y astreindre. Julien et son petit jardin de Rouen incarnent un doux mélange de paresse, d’observation et de méditation. Il est capable d’y passer des heures sans se servir ni de ses mains ni de ses outils. Il a accepté de sortir la bêche pour récolter avec moi un légume méconnu : des poires de terre.
ÉCOUTEZ L’ÉPISODE N°4
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MAIS AUSSI
Faut-il réserver la moitié du globe à la nature et aux animaux non-humains ?
Comment l’Homme peut-il tenter de protéger son environnement face à sa propre force destructrice ? En lui foutant la paix. C’est, pour résumer grossièrement, ce que propose le biologiste Edward Wilson dans son livre « Half-Earth: Our Planet’s Fight for Life ». Il souhaiterait interdire aux hommes l’accès à la moitié de notre planète, mers et océans compris. Cette solution permettrait selon lui de préserver au moins 80% des espèces actuelles. Un objectif très enviable puisque, selon Wilson, « Même dans les meilleurs scénarios, les pratiques actuelles de préservation vont donner des résultats qui devraient être jugés inacceptables par n’importe qui se dit civilisé ».

Serge Bahuchet, l’éco-anthropologue que nous citions plus haut, avance lui des idées complètement opposées à cette proposition : « On dit que : “ l’Homme détruit la nature “. Mais ce n’est pas l’Homme, ce sont certains morceaux de sociétés humaines qui font ça. Montrer comment d’autres sociétés vivent avec un impact différent est un moyen de nous remettre à notre place. Les destructions sont opérées par un système économique et social qui est le nôtre. Nous avons influencé la Terre entière, nous sommes allés chercher des ressources (...) nous avons imposé notre mode de vie au reste de la Terre. L’homme qui détruit la nature c’est nous. Ce n’est pas tous les hommes.»  Selon lui, on pourrait et devrait redécouvrir les savoirs, les savoir-faire et les méthodes des civilisations qui nous ont précédées et de celles qui se sont comportées autrement qu’en maîtres et possesseurs de la nature.  Les deux thèses sont opposées, mais tout aussi passionnantes.
LA VIDÉO
Moving the Giants / Déplacer les Géants
Agir ou non-agir, telle est donc la question. L’américain David Milarch a opté pour la première réponse. Après avoir frôlé la mort, il a décidé en 1991 de consacrer sa vie à reforester son coin. Il fait des boutures de l’une des espèces de végétaux qui comptent les plus hauts arbres du monde, les Séquoias à feuilles d'if. Il les replante un peu plus au nord de leur site actuel, en Oregon, là où le climat sera bientôt plus adapté à ces arbres, changement climatique oblige. Milarch tente ainsi d’aider ces arbres au cycle de vie si lent à gagner la course contre la montre climatique. Ca paraît fou, mais quand on y réfléchit c’est sûrement l’une des choses les plus sensées à faire face à l’urgence climatique. La preuve : une fois adultes, ces arbres seront l’une des plus belles machines à capter du CO2 que la Terre puisse porter. Cette histoire vous est racontée dans ce court-métrage magnifique.
L'ACTU VUE PAR BONS PLANTS
La tribune nécessaire et déprimante sur les pesticides et les abeilles : « À chaque fois, ils sont remplacés par un nouveau #pesticide [qui] pose de nouveaux problèmes inattendus. Compte tenu de notre intelligence, il est remarquable que nous autres humains soyons capables de répéter cette erreur, encore et encore. »

L’article passionnant : une histoire de nos relations conflictuelles avec la nature racontée à travers l’histoire des Séquoias géants de Californie.

Le coup bas du jour : il est signé Monsanto. Une histoire à base de semences résistantes aux herbicides, de meurtres entre voisins agriculteurs et de harcèlement judiciaire d’un Etat par une multinationale.
MAIS QU'EST-CE C'EST ?
 Oulah, cheloues ces pommes de terre !
 La fameuse poire de terre de Julien, logique non ?
 Une variété ancienne de Topinambour
La réponse est sur notre page Facebook et à la fin de ce mail. — Photo Fk - Wikipédia
LE CONSEIL
Les bombes de graines
Le jardinier et agronome japonais Masanobu Fukuoka est célèbre pour sa théorie qui vise à limiter au maximum les interventions humaines en agriculture comme en jardinage. Paradoxalement, j’ai surtout envie de vous parler de l’une des méthodes qu’il utilise, et qui n’est pas très douce à première vue puisqu’elle peut nécessiter l’emploi d’une bétonnière. Cette méthode, ce sont les bombes de graines. Il s’agit en gros de mélanger de la terre, de l’argile et les graines qui vous plaisent, de laisser un peu sécher la boule obtenue puis de la balancer avec nonchalance où bon vous semble. On ne sait pas ce qui va germer mais, selon Fukuoka, les plantes issues d’un tel processus seront les plus adaptées pour l’endroit où est tombée votre bombe. En prime, elles ne demandent pas de soin. Si vous voulez voir le vieux japonais dans ses oeuvres, c'est dans cette vidéo qui donne parfois un peu le tournis. Pour un tuto plus classique, c’est par ici.
L’AGENDA
Le week-end du 31 mars
La fête des plantes et des poules au Château de la Bourdaisière (Indre et Loire),  la journée des plantes et Art du Jardin à Crecy la Chapelle (77), la fête des plantes de Locon (Pas de Calais), la journées des plantes rares 2018 du Manoir de la Garde à Jarnioux (69).
Le week-end du 7 avril
La fête des plantes et graines rares de Réaumont (38), un atelier d’initiation au jardinage agroécologique à Paris (75010), la fête aux plantes rares au Parc de Rancé à Genay (69), les florales de Figanières (83), le Troc graines et plants à Felletin (23).
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La réponse correcte au quiz est : La poire de terre.

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